La déclaration de copropriété est le document fondateur de toute copropriété divise au Québec. Acte notarié en minute, publié au Registre foncier, c’est elle qui crée la copropriété, divise l’immeuble en fractions et fait naître le syndicat des copropriétaires. Tout le reste en découle — les assemblées, les règlements, les droits de chacun. Cette page explique ce que contient ce document, comment il naît, ce que coûtent les étapes publiques de sa création, et les pièges d’une rédaction déficiente.

Qu’est-ce qu’une déclaration de copropriété?

La déclaration de copropriété est une convention notariée qui organise la vie collective d’un immeuble détenu en copropriété divise. Elle renferme l’ensemble des règles juridiques et pratiques qui lient les copropriétaires — tous les copropriétaires, y compris ceux qui achèteront plus tard.

C’est sa publication au Registre foncier qui lui donne vie : à compter de ce moment, l’immeuble est juridiquement divisé en fractions — parties privatives, parties communes et, le cas échéant, parties communes à usage restreint —, la déclaration devient opposable aux copropriétaires et aux tiers, et le syndicat des copropriétaires est créé. Les locataires, eux, sont liés par le règlement de l’immeuble dès qu’un exemplaire leur est remis. Pour un promoteur, c’est aussi le feu vert : la vente des unités peut commencer.

Concrètement : tout citoyen du Québec est régi par le Code civil et par les règlements de sa municipalité. Le propriétaire d’un condo, lui, est en plus lié par la déclaration de copropriété de son immeuble. C’est pourquoi il faut la lire avant d’acheter — elle vous sera opposable dès la signature.

Les trois parties du document

La déclaration se divise en trois parties, pour départager les grands choix, la vie quotidienne et la technique.

L’acte constitutif

La charpente. Il fixe la destination de l’immeuble — résidentielle, commerciale ou mixte —, puis, le plus souvent sous forme d’un tableau, la valeur relative de chaque fraction, sa quote-part des charges communes et son nombre de voix à l’assemblée des copropriétaires. C’est la partie la plus encadrée quand vient le temps de la modifier.

Le règlement de l’immeuble

La vie quotidienne : l’usage des parties privatives et communes, les animaux, le bruit, la location, le fonctionnement de l’assemblée et du conseil d’administration. C’est la partie la plus souple à faire évoluer.

L’état descriptif des fractions

La fiche technique : la désignation cadastrale des lots et, s’il y a lieu, les servitudes qui touchent l’immeuble.

Ce découpage rend le document plus lisible pour les copropriétaires — et il détermine aussi les majorités de vote nécessaires pour changer chaque type de règle.

Neuf ou conversion : deux chemins vers la déclaration

Deux routes mènent à une déclaration de copropriété : la construction neuve et la conversion d’un immeuble existant. Les acteurs et les étapes ne sont pas les mêmes.

Immeuble neufImmeuble locatif converti
Qui mandate le notaireLe promoteurLe ou les propriétaires de l’immeuble
L’étape préalableLe plan cadastral de l’arpenteur-géomètreL’autorisation du Tribunal administratif du logement, puis le plan cadastral
Les personnes à protégerLes acheteurs reçoivent une note d’information, à laquelle une ébauche de la déclaration peut être annexéeLes locataires en place conservent des protections, dont le droit de demeurer dans leur logement
Après la publicationLe promoteur fournit au syndicat le carnet d’entretien et l’étude du fonds de prévoyanceLe syndicat créé prend en charge l’immeuble et ses obligations

La conversion obéit à des règles particulières — nous y consacrons une page : la conversion en copropriété divise. Pour un projet neuf, la note d’information précède souvent la déclaration elle-même : la déclaration est le contenu, la note est le véhicule qui le présente aux acheteurs.

Comment naît une déclaration : les huit étapes

  1. L’analyse du projet — l’immeuble, le mode de détention visé, le calendrier. En conversion, l’autorisation du Tribunal administratif du logement doit être obtenue d’abord.
  2. Le plan cadastral — un arpenteur-géomètre prépare le plan qui divise l’immeuble en lots numérotés. C’est le prérequis bloquant : aucune déclaration ne peut être inscrite sans lui.
  3. L’enregistrement cadastral — le plan est déposé et les lots deviennent officiels.
  4. La rédaction des trois parties — acte constitutif, règlement de l’immeuble et état descriptif, adaptés à l’immeuble réel : destination, stationnements, phases, parties à usage restreint.
  5. La révision avec vous — valeurs relatives, quotes-parts et voix sont vérifiées ligne par ligne. Passé un délai, ces chiffres deviennent définitifs (voir les pièges ci-dessous).
  6. La signature de l’acte notarié en minute — pour une déclaration d’origine, chaque propriétaire de l’immeuble signe. C’est l’inverse de la réécriture, où c’est le syndicat qui signe.
  7. La publication au Registre foncier — l’instant fondateur : la copropriété naît, le syndicat aussi, et la déclaration devient opposable à tous.
  8. L’immatriculation du syndicat — au registre des entreprises du Québec, dans les 60 jours de la publication.

Ce que ça coûte : les frais publics, décomposés

Créer une déclaration de copropriété entraîne des frais publics — fixés par règlement, les mêmes pour tout le monde — et des honoraires professionnels. Les frais publics d’abord, tels qu’en vigueur au 1er avril 2026 (ils sont indexés périodiquement) :

Frais publicMontant
Enregistrement cadastral — ouverture du dossier156 $
Enregistrement cadastral — premier lot vertical547 $
Enregistrement cadastral — chaque lot supplémentaire19 $
Inscription de la déclaration au Registre foncier (par réquisition)145 $
Immatriculation du syndicat41 $
Conversion seulement — frais du Tribunal administratif du logement, par logement226 $

Quant aux honoraires, il n’existe aucun tarif officiel — ni pour le notaire, ni pour l’arpenteur-géomètre. Un chiffre unique trouvé en ligne n’est donc l’engagement de personne. Le coût réel dépend de la taille de l’immeuble, du nombre de lots et de la structure du projet — d’où l’évaluation personnalisée : demandez la vôtre.

Les cinq pièges d’une déclaration mal rédigée

Une déclaration se rédige une fois, mais se vit pendant des décennies. Cinq points concentrent l’essentiel des problèmes.

La destination de l’immeuble

C’est la clause maîtresse : résidentielle, commerciale, mixte, avec ou sans location. Mal définie, elle bloque tout — et la changer ensuite exige un vote qui frôle l’unanimité. Bien la définir, c’est arbitrer aujourd’hui les conflits de demain.

La valeur relative des fractions

Elle détermine la quote-part et le nombre de voix de chacun. Une erreur ne peut être corrigée par le tribunal que dans les cinq ans suivant la publication, et seulement si l’écart dépasse un dixième. Passé ce délai, l’erreur est définitive — et tout le monde la paie, à chaque cotisation.

Les stationnements

S’ils ne sont pas expressément qualifiés dans la déclaration, ils sont présumés faire partie des parties communes. Des espaces que l’on croyait vendre ou attribuer peuvent ainsi appartenir à tous.

Les parties communes à usage restreint

Balcons, terrasses, cours : à l’usage d’un seul, mais à qui l’entretien, et à qui la facture? Une déclaration qui ne le précise pas fabrique des conflits en série.

Les copropriétés par phases

Le Code civil n’encadre pas spécifiquement les projets livrés par phases : tout repose sur la qualité de la déclaration initiale et sur le montage choisi. C’est le terrain où l’expérience du rédacteur pèse le plus lourd.

Une déclaration vivante : la tenir à jour

La déclaration n’est pas un document figé. Le droit québécois de la copropriété a été réformé en profondeur — plusieurs vagues successives, jusqu’en 2025 —, au point que certaines clauses d’anciennes déclarations ne sont plus valides. Les copropriétés doivent aussi tenir un carnet d’entretien, faire évaluer les sommes à prévoir pour les réparations majeures et remettre à l’acheteur, lors d’une vente, une attestation sur l’état de la copropriété. Pour les syndicats où les copropriétaires ont pris le relais du promoteur, plusieurs de ces obligations doivent être en place en août 2028; dans une copropriété neuve, c’est le promoteur qui fournit le carnet et l’étude.

Toutes les mises à jour n’exigent pas de tout refaire : une modification ponctuelle suffit souvent. Mais quand les écarts s’accumulent, la réécriture de la déclaration de copropriété devient la solution la plus saine — nous y consacrons une page complète : démarche, majorités de vote et coût.

Questions fréquentes

C’est quoi, une déclaration de copropriété?

C’est le document fondateur d’une copropriété divise — un acte notarié qui divise juridiquement l’immeuble en fractions, fixe les règles de vie collective et crée le syndicat des copropriétaires dès sa publication au Registre foncier. Toute personne qui achète une fraction y est automatiquement liée.

Comment obtenir la déclaration de copropriété de mon immeuble?

Deux voies. La demander au syndicat des copropriétaires, qui conserve les documents de l’immeuble, ou la consulter au Registre foncier du Québec, où elle est publiée et accessible à tous. Avant d’acheter un condo, exigez-la et lisez-la — elle vous sera opposable dès l’achat.

Est-il obligatoire d’avoir une déclaration de copropriété?

Oui, pour une copropriété divise. Elle n’existe qu’à compter de la publication d’une déclaration notariée au Registre foncier. Sans déclaration publiée, il n’y a ni fractions distinctes, ni syndicat — donc pas de copropriété divise.

Que se passe-t-il si la déclaration n’est pas respectée?

La déclaration lie les copropriétaires, leurs locataires et le syndicat. En cas de manquement, le syndicat ou un copropriétaire peut en exiger le respect, au besoin devant les tribunaux, et plusieurs déclarations prévoient des sanctions comme une clause pénale. La qualité de la rédaction fait toute la différence le jour où il faut l’appliquer.

Le contenu de cette page est d’ordre général et ne remplace pas un avis juridique. Pour un conseil adapté à votre situation, consultez Me Benoit Prud’Homme.

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