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Réécriture d'une déclaration de copropriété
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Réécriture de la déclaration

Réécrire plutôt que rapiécer

Réécrire une déclaration de copropriété, c’est refaire le document au complet plutôt que d’y ajouter une modification de plus. L’exercice remet la déclaration à jour avec le droit en vigueur, regroupe dans un seul texte tous les règlements votés au fil des ans, et ajoute les règles que l’immeuble n’avait jamais prévues : location à court terme, animaux, planchers, fumée, bornes de recharge. La nouvelle déclaration est adoptée par les copropriétaires en assemblée, puis signée devant notaire et publiée.

Votre déclaration est-elle dépassée?

Le conseil d’administration peut faire ce constat lui-même. Plus vous cochez de cases, plus la réécriture devient utile.

  • Votre déclaration a été publiée avant 1994.
  • Elle n’a jamais été refaite depuis, même si des règlements ont été votés en assemblée.
  • Les règlements adoptés au fil des ans sont éparpillés dans des procès-verbaux, sans avoir été intégrés au texte de la déclaration.
  • Votre déclaration fixe ses propres majorités de vote. Elle n’en a pas le droit : ces clauses-là ne s’appliquent plus, mais elles sont toujours écrites au document.
  • Elle ne dit rien sur la location à court terme.
  • Elle ne dit rien sur les animaux — ou l’interdiction qu’elle contient n’est pas au bon endroit dans le document.
  • Elle ne dit rien sur le remplacement des revêtements de sol.
  • Elle ne dit rien sur la fumée, le cannabis ou le vapotage.
  • Elle ne dit rien sur les bornes de recharge.
  • Votre syndicat n’a pas encore de carnet d’entretien ni d’étude du fonds de prévoyance.

Ce qu’une réécriture permet de régler

Les conflits de copropriété se ressemblent d’un immeuble à l’autre. Ils viennent presque toujours du même endroit : une déclaration qui ne dit rien sur la question.

La location à court terme

Au Québec, louer une unité à des touristes pour 31 jours ou moins — la location de type Airbnb — fait de votre logement un établissement d’hébergement touristique, qui doit être enregistré auprès du gouvernement. Et la demande d’enregistrement doit être accompagnée soit des dispositions de votre déclaration qui permettent cette location, soit de l’autorisation du syndicat. Si votre déclaration est muette, c’est donc votre conseil d’administration qui tranche, dossier par dossier.

Ce qui change le 1er septembre 2026 : ce consentement du syndicat devra être renouvelé chaque année, et non plus donné une seule fois. Toute copropriété a intérêt à savoir ce qu’elle signe — et selon quelles règles — avant cette date.

La vraie ligne de partage n’est pas « permis ou interdit ». C’est ce que dit déjà votre déclaration. Si elle est muette, ou simplement résidentielle, le syndicat peut encadrer la location par un règlement adopté à la majorité des voix exprimées en assemblée. Mais si elle autorise expressément la location à court terme, y revenir exige de changer la vocation de l’immeuble — presque l’unanimité. Des syndicats l’ont appris à leurs dépens, après avoir voté une interdiction ensuite déclarée sans effet.

La rédaction fait le reste. Une clause qui parle seulement de « location » laisse une porte ouverte; une clause qui vise l’occupation répétée par des occupants différents, interdit la promotion sur les plateformes, fixe une durée minimale et prévoit une pénalité, ferme le dossier. À retenir aussi : le règlement n’est opposable au locataire que si on lui en a remis un exemplaire, et le copropriétaire répond des sous-locations faites par son locataire.

Les animaux

C’est le classique des chicanes de copropriété — et l’endroit où les syndicats se trompent le plus souvent. Beaucoup d’immeubles ont voté une interdiction d’animaux en assemblée et l’ont inscrite au règlement de l’immeuble. Or une interdiction inscrite là est fragile : pour tenir, une restriction de cette ampleur doit se rattacher à la vocation même de l’immeuble, ce qui la place ailleurs dans le document, avec une majorité plus exigeante. Beaucoup de syndicats vivent donc avec une règle qu’ils croient applicable et qui ne l’est pas.

Une déclaration à jour remplace l’interdiction fragile par un encadrement qui tient : le nombre d’animaux par unité, une limite de taille, la déclaration de l’animal au conseil, les règles dans les parties communes, et une procédure de retrait en cas de nuisance répétée — avec avis, délai pour corriger et constat objectif, jamais un retrait automatique sur simple plainte. Et une exception pour les chiens-guides et les chiens d’assistance : une interdiction muette sur ce point expose le syndicat à une plainte en discrimination.

Les planchers et le bruit

Un copropriétaire remplace son tapis par du bois franc ou du flottant. Le voisin du dessous entend soudainement des pas qu’il n’entendait pas. C’est l’un des litiges les plus fréquents en copropriété, et il a une cause technique précise : le Code de construction fixe des exigences pour les bruits aériens — les voix, la télévision — mais aucune exigence minimale pour les bruits d’impact, ceux des pas et des objets qui tombent. C’est exactement le vide que la déclaration doit combler. Si elle ne dit rien, il n’y a pas de norme à faire respecter.

Une déclaration à jour exige l’autorisation écrite du conseil avant tout changement de revêtement de sol; impose que le nouveau revêtement offre une performance acoustique au moins égale à celle d’origine; fixe une norme d’insonorisation, la méthode de mesure et qui paie le test; rend la membrane acoustique obligatoire; met la preuve de conformité à la charge du copropriétaire, pas du syndicat; et prévoit la remise en état à ses frais si les travaux ont été faits sans autorisation.

À savoir : la dalle qui porte le plancher est généralement une partie commune, alors que le revêtement posé dessus appartient au copropriétaire. Ça ne le rend pas libre pour autant — son choix affecte le confort de tout l’immeuble.

La fumée, le cannabis et le vapotage

Dans les aires communes, il n’y a rien à voter : la loi québécoise interdit déjà de fumer — tabac, cannabis et cigarette électronique — dans les aires communes de tout immeuble d’habitation de deux logements et plus. La vraie question porte sur les unités. La fumée passe d’un logement à l’autre, et un syndicat qui n’a rien prévu n’a aucune prise.

Beaucoup de syndicats croient qu’interdire de fumer dans les unités exigerait une majorité écrasante, parce que ça toucherait la vocation de l’immeuble. Ce n’est pas le cas : les tribunaux québécois ont retenu qu’un règlement sans fumée prolonge la vocation résidentielle au lieu de la changer. Il s’adopte donc à la majorité des voix exprimées en assemblée. Et il n’existe pas de droit acquis à fumer chez soi : le copropriétaire qui fumait déjà n’est pas à l’abri du nouveau règlement.

Un mot sur la culture du cannabis : elle est interdite au Québec, même pour un seul plant et même chez soi. Une clause de la déclaration n’ajoute rien à l’interdiction, mais elle donne au syndicat un moyen d’agir lui-même, sans dépendre d’une poursuite de l’État.

Les bornes de recharge

La demande arrive, le conseil ne sait pas quoi répondre, et la déclaration est muette. Premier point à savoir, parce que le contraire circule beaucoup : il n’existe aucun « droit à la prise » au Québec. Un copropriétaire ne peut pas exiger d’installer une borne.

Tout dépend ensuite du statut de la case de stationnement. Le plus souvent, c’est une partie commune à usage restreint : les travaux touchent alors les parties communes, et l’autorisation passe par l’assemblée, aux trois quarts des voix. Même à l’intérieur d’une unité, il faut généralement percer un mur ou une dalle — donc des parties communes.

La clause la plus utile est celle qui délègue au conseil d’administration le pouvoir d’autoriser les installations au fur et à mesure des demandes : sans elle, il faut reconvoquer une assemblée chaque fois qu’un copropriétaire achète une voiture électrique. Restent les questions que quelqu’un devra trancher un jour : qui paie l’installation, qui paie l’électricité consommée, qui entretient, ce qu’il advient de la borne quand l’unité se vend, et ce que la capacité électrique de l’immeuble permet réellement.

La clause pénale

Une déclaration peut prévoir une pénalité pour celui qui ne respecte pas les règles. Encore faut-il qu’elle soit rédigée correctement, et placée au bon endroit dans le document.

Deux pièges. L’emplacement d’abord : depuis 2020, une clause pénale fait partie de l’acte constitutif, même si elle avait été écrite dans le règlement de l’immeuble. La modifier n’exige donc plus une majorité simple, mais les trois quarts des voix — ce que beaucoup de syndicats ignorent. La formulation ensuite : une clause qui permet de pénaliser « par avis transmis » plutôt que « par infraction constatée » ne donne pas du tout le même résultat. Dans une affaire réelle, cette seule nuance a réduit les pénalités réclamées de plusieurs dizaines de milliers de dollars à quelques centaines.

Ce que contient une déclaration

Une déclaration de copropriété se divise en trois parties. Savoir dans laquelle se trouve une règle détermine qui peut la changer, à quelle majorité, et devant qui.

L’acte constitutif — la constitution de l’immeuble : à quoi il sert, ce qui est privatif et ce qui est commun, la valeur de chaque fraction, la part des charges, le nombre de voix, les pouvoirs du conseil et de l’assemblée. C’est aussi là que vit la clause pénale.

Le règlement de l’immeuble — la vie quotidienne : l’usage et l’entretien des parties privatives et communes, le fonctionnement de la copropriété, la perception des charges.

L’état descriptif des fractions — l’identification cadastrale : quels lots forment les parties privatives, lesquels forment les parties communes, et les droits qui grèvent l’immeuble.

Réécrire, modifier, ou changer un règlement?

Trois chemins différents. Le bon dépend de ce que vous voulez changer.

Ce que vous voulez changerQui décideDevant notaire?Où ça se dépose
Une règle de vie de l’immeuble — bruit, animaux, usage des parties communes, cotisationsMajorité des voix exprimées en assembléeNonAu registre du syndicat, par écrit et de façon expresse
La vocation de l’immeuble, la valeur des fractions, les quotes-parts, le nombre de voix, la description des lotsTrois quarts des voix exprimées en assembléeOui, acte notariéPublié au Registre foncier
Changer la vocation même de l’immeubleTrois quarts des copropriétaires représentant 90 % de toutes les voixOui, acte notariéPublié au Registre foncier

Une réécriture touche presque toujours les deux premières lignes à la fois : c’est pourquoi elle passe par une assemblée, un acte notarié et une publication.

Comment ça se passe

  1. Analyse de l’existant — lecture de la déclaration, de ses modifications publiées et du plan cadastral; repérage des clauses qui ne s’appliquent plus et de celles qui sont mal classées.
  2. Compilation — le syndicat rassemble tous les règlements et résolutions votés depuis l’origine, pour qu’ils soient intégrés au nouveau texte.
  3. Rédaction du projet et travail avec le conseil d’administration, question par question : ce qu’on garde, ce qu’on retire, ce qu’on ajoute.
  4. Assemblée des copropriétaires — le projet est joint à l’avis de convocation, présenté, puis voté aux majorités qui s’appliquent. Le procès-verbal doit établir clairement que la décision a été validement prise.
  5. Signature de l’acte notarié — pour une réécriture, c’est le syndicat qui signe, et non chaque copropriétaire comme pour la déclaration d’origine.
  6. Publication au Registre foncier, en français, puis mise à jour du registre du syndicat et diffusion aux copropriétaires.

Le rythme du projet est donné par l’assemblée : c’est elle qui fixe l’échéance réelle. Nous en parlons dès la première rencontre, pour arrimer le calendrier à votre assemblée des copropriétaires.

Ce que la loi exige depuis août 2025

Depuis le 14 août 2025, le Code civil impose trois choses en copropriété :

  • Un carnet d’entretien — l’inventaire de l’immeuble et des travaux à prévoir sur au moins 25 ans, établi par un professionnel indépendant du syndicat.
  • Une étude du fonds de prévoyance — combien coûteront les réparations majeures, et combien il faut mettre de côté chaque année. Les cotisations au fonds se fixent désormais d’après cette étude, et non plus d’après un pourcentage.
  • Une attestation du syndicat à chaque vente — le vendeur d’une unité doit remettre à l’acheteur une attestation sur l’état de la copropriété. Le syndicat a 15 jours pour la produire au copropriétaire qui la demande.

Qui doit fournir le carnet et l’étude, et quand, dépend de l’âge de votre copropriété :

  • Si les copropriétaires ont déjà pris le relais du promoteur — le cas de la grande majorité des syndicats —, vous avez jusqu’en août 2028 pour faire établir le premier carnet et obtenir la première étude.
  • Si votre copropriété est neuve et encore entre les mains du promoteur, c’est à lui de remettre ces documents au syndicat, peu après l’assemblée qui transfère le contrôle aux copropriétaires.

Ensuite, le carnet se met à jour chaque année et se fait réviser aux cinq ans — aux dix ans pour certains petits immeubles.

Pourquoi cela concerne votre déclaration : l’attestation remise à chaque vente doit notamment faire état des modifications apportées à la déclaration au cours des trois dernières années. L’état de mise à jour de votre document devient donc visible de tout acheteur.

Combien coûte la réécriture d’une déclaration de copropriété?

Il n’existe pas de prix unique : chaque copropriété est différente, et le coût d’une réécriture dépend de plusieurs facteurs propres à votre immeuble et à votre déclaration actuelle. La meilleure façon de connaître le coût pour votre syndicat est de demander une évaluation personnalisée.

Ce qui fait varier le coût d’une réécriture :

  • le nombre de fractions (unités) de la copropriété;
  • l’ampleur des modifications souhaitées et l’état de la déclaration actuelle;
  • la complexité de l’immeuble (phases, parties communes à usage restreint, stationnements, etc.);
  • le travail préparatoire avec le conseil d’administration et, le cas échéant, la tenue d’une assemblée.

Pour aller plus loin : nos questions fréquentes sur la copropriété, la rédaction d’une déclaration et l’article de Me Prud’Homme sur les raisons de réécrire une déclaration.

Le contenu de cette page est d’ordre général et ne remplace pas un avis juridique. Pour un conseil adapté à votre situation, consultez Me Benoit Prud’Homme.

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